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Edito

Éloge de la simplicité

Enfiler une bonne paire de chaussures. Se munir d’un sac à dos. Y glisser un couteau suisse, un bout de pain, quelques carottes, une bouteille d’eau, une pomme, des cervelas et des allumettes.

Quitter la maison à pied, direction n’importe quelle forêt. Arpenter les bois jusqu’à la découverte d’un endroit propice. Aménager un foyer avec des cailloux dénichés sur place, collecter du bois sec de différents calibres. S’arrêter souvent pour écouter le chant des oiseaux, le bruissement du vent dans les feuilles. Déguster d’une narine gourmande les effluves de l’humus. Ne pas bouder son plaisir si la chance nous sourit, sous la forme de quelques cèpes tapis au pied de jeunes sapins. Caresser longuement la souple douceur de la mousse. Presque aussi soyeuse qu’un pelage félin. J’ai dit : presque.

Pendant que le feu prend gentiment, sélectionner soigneusement une baguette de noisetier présentant les caractéristiques idoines et la tailler méthodiquement, avant d’y embrocher gourmandement, suavement, votre cervelas. Quand le foyer ne contient plus que des braises, griller son festin et le déguster, doré à souhait, avec les autres délices tirés du sac. Au pire, si le bois est trop mouillé, si vous avez oublié les allumettes, se rabattre sur un cervelas froid. Ça va aussi, ça rempli l’estomac tout pareil.

Prolonger la magie de l’instant en faisant une sieste méditative et digestive, bercé par le calme ambiant, à peine troublé par le ballet d’un bourdon. Oublier le détroit d’Ormuz, le prix du kérosène et le tas de lessive en retard. Apprécier, tout simplement, le luxe paradoxal de la simplicité. Cette simplicité que Léonard de Vinci qualifiait de « sophistication suprême ». Elle ne va pas de soi. Étonnamment, c’est souvent compliqué de faire simple. Comme le sculpteur qui élimine patiemment tout le surplus de matière, la simplification implique d’élaguer, tailler, rogner, désencombrer, renoncer, supprimer, pour laisser place à l’essentiel, au fondamental, à la quintessence.

Tout au sud de la Glâne, nous n’avons ni autoroute, ni usine de café, ni manufacture horlogère. Nous avons en revanche l’embarras du choix en matière de chemins de randonnée et de forêts ombragées. Et quand vous aurez lu Le Pavé n°15, vous saurez que nous avons aussi le roi du cervelas !

L’été est là, profitez-en bien : joyeux pique-niques, bon appétit et douce lecture.

Marinette Boillat Chatton